Le recrutement de la jeunesse  : disons-nous non à l’économie de guerre

Les Forces armées canadiennes (FAC) ont battu un record vieux de 30 ans en cette année 2025-2026. Il s’agit de celui du nombre record de nouveaux membres recrutés, qui s’élève à 7 310. Bien que le ratio recrutement/demandes d’enrôlement reste à 1/6, le nombre de demandes a explosé d’un facteur quatre ces dernières années, passant d’une moyenne de 10 332 par an entre 2020 et 2023 à 44 818 pour 2025-2026.

Les FAC et le ministère de la Défense nationale citent plusieurs raisons matérielles et subjectives pour expliquer ce phénomène. Il y a entre autres de nouvelles plateformes pour faciliter le recrutement, la diminution des délais de recrutement de 271 à 134 jours, une hausse de 20 % des salaires des membres de premiers échelons ainsi qu’une nouvelle indemnité de recrutement pouvant aller jusqu’à 50 000 $. Ajoutons à cela parmi la population, une volonté accrue de protéger le Canada et un sentiment de préoccupation émanant des guerres récentes ainsi que des relations qui se détériorent avec notre voisin du sud. N’oublions pas les campagnes publicitaires sur les médias sociaux, à la TV et à la radio.

Bien qu’il soit impossible de quantifier exactement quelle raison est la principale contributrice à la hausse de demandes d’enrôlement et donc de recrutement, il est criant que les hausses de rémunération des postes d’entrées et des indemnités s’adressent aux jeunes, particulièrement aux plus démunis et à ceux dont les perspectives de l’avenir sont de plus en plus incertaines. 

En offrant argent, avantages sociaux juteux allant jusqu’au financement complet des études avec un salaire, les FAC et donc le gouvernement font mine d’être généreux et altruistes. En réalité, ils ne font que d’exploiter la situation économique des jeunes qu’ils dégradent eux-mêmes en coupant les financements pour l’éducation, pour la santé et en restant inertes face à la crise du chômage grimpante chez les 15-24 ans qui, ce qui a atteint 14,3 % en avril 2026, un record qui bat le score de la crise de 2008-09. Ils essayent simplement de nous vendre ce qu’ils nous volent, au prix de nos vies.

Dans les mots du ministre de la Défense David McGuinty : « Ce qui se passe en Ukraine est sérieux. Ce qui se passe au Moyen-Orient est sérieux. Ils voient de plus en plus que les Forces armées canadiennes, c’est un choix positif à faire. »

Mais alors, quelle politique nous a amenée à ces situations «sérieuses»? Et qu’elle est la grande cause pour laquelle le sacrifice en vaudrait la chandelle et représenterait un «choix positif»?

Cette grande cause est bien la politique étrangère du Canada, qui a toujours voué et voue encore la solidarité ainsi que la fidélité à celle des États-Unis et à l’OTAN. Il s’agit donc d’une politique d’agression impérialiste dont le but ultime est d’ouvrir des marchés et de piller toute forme de ressources au nom de l’accumulation du capital des grands noms tels qu’ExxonMobil, BlackRock et Barrick Gold parmi tant d’autres.

Malgré tous ses discours sur un Canada fort, indépendant et se tournant vers d’autres alliés que les É-U, Carney n’a à aucun moment remis en question les agissements guerriers et jingoïstes de notre voisin contre la souveraineté du Vénézuéla, de Cuba et de l’Iran, alors que notre même souveraineté a été menacée en rhétorique par le gouvernement américain. D’autant plus, Carney soutient les actes menés par les É-U contre l’Iran dans une déclaration officielle. Rien ne présage que le Canada n’ira pas à nouveau rejoindre les États-Unis sur un prochain théâtre d’opérations.

Donc, partir au combat à des milliers de kilomètres pour suivre une guerre déclenchée directement ou indirectement par les É-U, pourquoi? En quel nom? Pour défendre les intérêts de qui? Des Québécois et des Canadiens? Ou bien plutôt pour renflouer les caisses des industries militaires, pétrolières et des grands groupes qui les financent?

La guerre est une partie intégrante de notre système capitaliste. L’outil d’ultime recourt lorsque les débouchées pour le capital deviennent plus rares et que le profit se fait maigre. Détruire, c’est rentable. 

De belles marges existent pour ceux qui investissent dans les entreprises d’armement, pour ceux qui se convertissent à l’économie de guerre, pour ceux qui transforment leurs usines pour de l’armement, pour ceux qui offrent leurs logiciels à l’armée. Et puis après toute cette destruction, construire devient rentable. 

Prenons l’exemple de la guerre en Ukraine. Pour la bourgeoisie canadienne, la guerre en Ukraine représente une division du marché favorable pour le Canada. Autant qu’il existe une guerre en Ukraine, les exports ukrainiens sont interrompus, affectant le prix d’achat de ces grands exports tels que le blé, la potasse, le porc et l’huile; les mêmes exports importants pour les business canadiens. N’oublions pas que le gouvernement Carney investit des milliards de dollars vers des projets qui cherchent à augmenter la capacité de faciliter des exports canadiens.

L’appui canadien aux efforts de guerre représente également un immense transfert d’argent vers le secteur privé. Depuis 2022, le gouvernement canadien a fait don de 6,5 $ milliards en assistance vers l’effort de la guerre ukrainien en forme de transferts de l’argent, d’équipement militaire, et l’appui opérationnel. Ces équipements y incluent des drones, des munitions, des véhicules parmi d’autres, sont des «dons» rachetés par la Corporation commerciale canadienne. Le gouvernement canadien, pour appuyer une guerre qui sert à rendre des profits à sa bourgeoisie et défendre la sphère d’influence d’OTAN, achète des armes des grandes corporations militaires avec le gouvernement public pour les transférer vers le front de combat en Ukraine. Bref, le Canada s’engage à une spéculation de la guerre avec des fonds publics, qui pourrait être utilisée pour appuyer la jeunesse, et tous les Canadiens, en matière d’éducation, santé, et logement.

La jeunesse est littéralement l’avenir du développement et de la construction d’une société. Les débouchés socio-économiques s’amincissent pour nous et les Forces armées exploitent cela pour alimenter leur réserve de chair à canon. De la chair à canon pour des guerres qui ne sont pas les nôtres, qui sont celles d’une classe capitaliste en crise et qui sans préoccupation aucune à la vie humaine et sur Terre, cherche à mieux vendre la reconstruction à la destruction qu’elle-même a engendré.

Nous, les jeunes travailleurs et travailleuses, refusons de participer à cette machine de la mort. Nous, les jeunes, voulons œuvrer à ériger une société harmonieuse et pleine d’opportunités pour tout un chacun. 

À un futur qui appartient à toutes et tous, à un futur socialiste, unissons nos voix et nos actes, refusons la militarisation de notre société.