La propagation d’idéologie réactionnaire chez les jeunes canadiens

Depuis les 5 dernières années, de plus en plus de jeunes, principalement les jeunes hommes cisgenres, adoptent des idéologies et positions réactionnaires, misogynes et régressives. Ce phénomène arrive, sans hasard, en même temps que la propagation, depuis 2016, de la «Manosphere» et la propagande réactionnaire. 

La narrative bourgeoise ne reconnaît pas la vraie source de cette radicalisation. L’explication libérale proclâme que ceci est à cause de changements économiques globaux quant à l’accessibilité aux métiers traditionnellement «viriles»; une crise d’identité vis-à-vis leur rôle comme «gagneur de pain», la hausse des taux de problèmes de santé mentale (dépression, anxiété, solitude, suicide) et les médias sociaux facilitant la propagation d’idées régressives. La droite, elle, fulmine sans cesse avec des discours de victimisation pour justifier ses attaques comme le fait Jordan Peterson en 2025, disant à son invité de podcast, le candidat pour premier ministre Pierre Poilièvre : «No wonder, because [young men] have been demonized for thirty straight years. […] There’s definitely an opportunity there and clearly your political party and you are capitalizing on that». On ne peut pas simplement inventer de toute pièce la cause de ces changements ou blâmer les médias sociaux et leurs figures pour cette explosion en opinions réactionnaires chez les hommes. Les représentants des éléments de la bourgeoisie emploient cette rhétorique pour radicaliser le proletariat et étouffer la conscience de classe. 

La source de cette radicalisation est double : elle naît de la nature discriminatoire, des préconceptions et préjugés sous-jacents à la société de classe, puis elle est animée par le capitalisme en crise et la précarisation de la classe ouvrière nord-américaine. Steve McCullough, dans son article «Online misogyny: the “manosphere”» a raison lorsqu’il dit : «La Manosphere ne fait que prendre des biais communs de tous les jours et les amplifie à des extrêmes misogynes». C’est dans la discrimination, les biais et les préjugés routiniers, omniprésents, parfois imperceptibles de la société de classe que la réaction trouve racine pour ensuite mener ces préjugés à leurs conclusions réactionnaires. Comme Lénine écrivit : «La force d’habitude de millions et dizaines de millions de personnes est une force des plus terribles.» 

Cependant, les médias sociaux et les mensonges ne sont qu’un véhicule idéologique pour le discours politique de ces influenceurs, commentateurs et politiciens. Ceci est aggravé par l’absence du phare idéologique du mouvement ouvrier et la conscience de classe dans l’entourage des jeunes et leurs médias de tous les jours; d’une analyse matérialiste dialectique de la crise qui les affecte — l’impossibilité d’acheter une maison, l’aliénation sociale, le coût de la vie, le manque d’accès à un emploi stable et payant, le manque de pouvoir politique, la baisse du pouvoir d’achat, la culture patriarcale, etc. 

Ainsi, la raison pour laquelle tant de jeunes hommes gravitent vers ces idéologies est que, face à un futur précaire, elles offrent l’idée d’un «retour» à un contrat social (archaïque, matériellement anachronique et historiquement révisionniste) leur promettant l’accessibilité à une stabilité financière, économique, culturelle et sociale où ils ne sont plus à la merci des caprices économiques, de l’aliénation du capitalisme ou des contradictions. Bref, ces idéologies offrent — en l’absence d’un plan pour un meilleur futur — un mensonge, un retour vers un passé fictif où les jeunes hommes de la classe ouvrière, marquée au fer chaux à leur naissance par l’idéologie petite-bourgeoise nord-américaine, y trouveront prospérité, communauté, contrôle et confort. Comment contre-attaquer? 

Marx est clair : la conscience de classe se développe à travers la proximité, les points communs des griefs et injustices que vivent les prolétaires et comment ceux-ci sont forcés à coopérer ensemble dans leur lutte pour de meilleures conditions. C’est à travers ce processus que la classe ouvrière passe d’une classe d’elle-même à une classe pour elle-même. La fausse conscience, habitant la plupart aujourd’hui, ne peut exister qu’en absence de conscience de classe, mais la lutte, elle, continue d’exister malgré la fausse conscience (or, qui existe constamment sur la défensive). 

Notre tâche n’est pas d’amadouer ou cajoler les jeunes hommes à droite ou tendant vers la droite. Il faut marteler leurs problèmes clés, indéniables et matériels lorsque l’on aborde ceux-ci, mais aussi se tenir debout et ferme contre leurs idées réactionnaires. Notre tâche est de contrer la propagande bourgeoise, agiter la jeunesse, l’amener aux conclusions révolutionnaires correctes, organiser les éléments les plus avancés ainsi que de reconstruire le grand mouvement ouvrier. Dans notre travail, il faut isoler les éléments de la droite dans les mouvements de masse et rapprocher les éléments de la gauche. À travers les campagnes pour l’éducation gratuite, pour la démocratisation de notre système postsecondaire, et pour la retraite du Canada de l’OTAN, on signale les contradictions du système capitaliste. L’ennemi n’est pas les femmes, les personnes LGBTQ, ou les immigrants. Ce sont les systèmes capitalistes qui s’entendent à la concentration de la richesse chez la bourgeoisie qui nous divise et nous vendent des discours qui cherchent à cibler les membres du prolétaire pour empêcher la coopération socialiste. Si nous entendons du sexisme, de la xénophobie, de l’homophobie ou de la transphobie dans nos lieux du travail ou dans nos mouvements, on doit isoler ces rhétoriques et présenter une vision alternative. 

En amenant ces jeunes hommes à se battre pour leurs intérêts matériels, côte à côte avec le reste de la classe ouvrière, leur conscience de classe se développera. Nous menons un combat contre la réaction, car il y a l’absence d’un futur offert à la jeunesse par le capitalisme, celle-ci doit être amenée à comprendre la nécessité d’abandonner sa dépendance aux partis, institutions et idéologies bourgeoises. Nous devons amener la jeunesse à voir que le pouvoir politique de notre classe ne réside ni à Québec ni à Ottawa, mais dans nos mains.